Comment ? Vous avez raté l’anniversaire d’O’Djila au Studio de l’Ermitage ?? Pas de panique : son créateur (et guitariste), Djordjé, nous raconte l’histoire de ce groupe qui fait danser l’âme du peuple tzigane et nous balade – à peu de frais – des Balkans au Moyen Orient…
Bonjour Djordjé ! Pour commencer, peux-tu nous dire ce que signifie O’Djila ?
Ça veut dire « chanter » ou « chant d’âme » en tzigane. J’ai choisi ce nom à cause de la chanson O’Djila de Haris Djinovic, un chanteur bosniaque très connu du groupe Sar E Roma. On chante d’ailleurs cette chanson à la fin de chaque concert. Elle a au moins 30 ans, mais elle est toujours actuelle et je crois que tout le monde la connaît.
Le groupe a dix ans déjà. Qui sont aujourd’hui ses musiciens ?
Boban Milojevic est à l’accordéon et au chant, David Chiron à la contrebasse, Sylvain Lelièvre au sax et à la clarinette, et Hussein El Azab à la percussion. Moi je fais de la guitare et je chante.
Votre musique est très métissée (accents slaves, manouches et orientaux, et mélodies des Balkans). Où puisez-vous ces différentes couleurs musicales ?
Nos origines se ressentent bien sûr dans notre musique : Boban vient de Belgrade, moi, je viens de Sarajevo, Hussein est Egyptien, et Sylvain et David sont Français. Mais ce qui compte, c’est surtout l’influence de nos univers musicaux. Moi, par exemple, je suis très attiré par la musique espagnole et le flamenco, et David a beaucoup joué de la musique caribéenne et du swing gitan. A une époque, Sylvain participait à un groupe de musique antillaise et il a aussi fait de la musique Klezmer. Hussein a travaillé avec un groupe de musique traditionnelle égyptienne remixée avec de l’électro, et Boban est passionné de hard rock. Ça se sent d’ailleurs parfois dans sa manière de chanter…
Quelles sont tes références en matière de musique tzigane ?
J’aime beaucoup Saban Bajramovic, « le King des tziganes », qui est mort il y a deux ans. Il y a aussi Esma Redzepova, qui vient de chez nous, et qui est une voix fabuleuse… et puis les fanfares serbes, comme Slobodan Salijevic Orkestar, la musique du sud de la Serbie, etc.
Votre répertoire est fait de musiques traditionnelles des Balkans, mais aussi de compositions originales. De quoi parlent vos propres chansons ?
Chaque chanson à sa petite histoire. Il y en a une, « Svake Noci Iste Stvari », qui parle d’une nuit sans fin, qui se répète tous les soirs. On est avec des potes dans un bistrot et on écoute de la musique en picolant des bières et de la vodka. Le lendemain, on se réveille avec mal à la tête, on se balade dans la rue, rien ne va, et puis on rencontre des musiciens, on rentre dans un tunnel et on arrive dans le même bistrot que la nuit d’avant avec la musique, les potes, la bière et la vodka…
Est-ce plutôt un rêve ou un cauchemar ?
Ni cauchemar, ni rêve. C’est plutôt la réalité. On est tous passé par des périodes où on faisait beaucoup la fête. Ça fait toujours plaisir de se retrouver avec des copains pour jouer et un peu picoler. Le message de cette chanson c’est qu’on n’a pas peur de la vie et que la musique nous apporte tout.
C’est donc la vie qui vous inspire, tout simplement…
C’est la vie, la réalité, le passé, beaucoup, la nostalgie. Les chansons parlent par exemple de la vie avant la guerre, on pourrait dire de la « première vie » où on était bien, chez nous, en famille…
A l’écoute, votre musique est pourtant plutôt gaie…
La musique tzigane c’est l’amour, la fête, et la tragédie que le peuple tzigane a connu à travers son existence. Elle peut sembler gaie, mais avoir des paroles plus tristes ou nostalgiques.
Sur scène, vous êtes très généreux. Recevez-vous autant de votre public ?
Oui, heureusement. Ça nous facilite vraiment les choses de recevoir autant. La musique qu’on fait demande de donner vraiment, d’être bien, de transpirer, de montrer ce qu’on a à l’intérieur. Je crois que le public voit ça, le ressent, du coup il danse, il bouge, et ça nous donne un plaisir immense ! C’est vraiment un échange. Même dans les salles où les gens sont assis, à la fin du concert, tout le monde se lève et vient danser.
Avez-vous commencé à travailler sur votre prochain album ?
Non, mais on sait juste qu’il y aura beaucoup plus de compositions originales et de paroles en français. Le travail de composition, d’arrangements, et les premières répétitions se feront sûrement cet été. On devrait ensuite passer au studio et à l’enregistrement dès la rentrée.
Musicalement, vous gardez votre ligne de conduite ?
Ce sera toujours de la musique des Balkans, à notre sauce, assez libre. Mais pourquoi ne pas inviter des fanfares, des saxes, des violonistes ? On verra. On essaiera peut-être de moderniser le son, en ajoutant un peu d’électro, mais sans changer notre objectif qui est de faire de la musique tzigane.
Depuis quelques années, de nombreux groupes se réclament de la musique tzigane en France. Que penses-tu de ce phénomène ?
Cette mode a commencé vers 1995-1996. Avant ça, on était très peu à faire ce genre de musique, avec Bratsch et les Yeux Noirs. Aujourd’hui, il y a cinquante groupes qui disent faire de la musique tzigane. C’est actuel, c’est une musique de fête et tout le monde aime ça, mais entre les groupes tziganes et les dj électro-tziganes, très à la mode à la Bellevilloise, ça fait quand même beaucoup…
A ton avis, où serez-vous dans 10 ans ?
J’espère toujours là, avec pas mal d’albums, de succès, et de beaux souvenirs à te raconter…
Toutes les infos sur : http://www.myspace.com/odjila et http://www.odjila.com/.
