Graham Joyce est anglais. Il écrit dans le domaine de la fantasy et du fantastique. Il est acclamé par beaucoup. Et beaucoup voient en lui la seconde meilleure plume de Grande-Bretagne après Neil Gaiman. Ce qui est assez honteux en fait étant donné le talent du monsieur.
The Facts of Life, Lignes de Vie en français, a gagné le World Fantasy Award en 2003, ce qui le place d’emblée dans la catégorie des Murakami, des Tim Powers, des China Miéville, ou des Christopher Priest. En somme c’est pas dégueulasse. Et sa place il la mérite amplement. Lignes de Vie prend pour cadre la petite ville anglaise de Conventry au sortir de la seconde guerre mondiale, cette ville meurtrie par les bombardements allemands qui tente tant bien que mal de se reconstruire. Joyce nous raconte sa ville au travers des destins d’une famille modeste, les Vine, dont les sept filles semblent vouloir incarner autant de facettes que la Vie peut prendre pour nous surprendre, nous émouvoir et nous prouver à quel point l’humanité est désœuvrée et surprenante.
Mrs Vine, la mère, le pilier indémontable de la cellule familiale, dirige l’ensemble d’une main de chef d’orchestre, et lorsque la plus jeune des filles, Cassie, revient enceinte d’un soldat américain, elle prend tout en charge et décide de faire adopter le marmot. Sauf que… le destin s’en mêle.
Cassie, jeune fille volage et perturbée, sujette à des absences plus ou moins longues, incapable de prendre la moindre responsabilité, décide de garder l’enfant avec elle, de l’élever et de l’aimer par devers elle. Sa famille, par le truchement de Mrs Vine, s’accorde sur son choix et sur le fait que chacune à son tour les six sœurs et la mère aideront la mère et l’enfant à grandir et à avoir la vie la plus stable possible.
En partageant la vie de toutes ces femmes, de leurs maris, de leurs amis, en vivant avec eux leurs destins, le petit garçon traverse la décennie en rencontrant toutes sortes de bizarreries, ces fameuses incursions surnaturelles au sein de la vie connue. Et par ce biais on en apprend de plus en plus sur Cassie et sur l’origine de cet enfant si spécial.
Graham Joyce est un grand raconteur d’histoires. Il nous livre des personnages dont on le devine profondément attaché, et il parvient à nous prendre au jeu de l’affection. On souffre avec Olive et son mari William revenu changé de la débâcle de Boulogne. On se marre avec les déboires libertaires de Beatie et Bernard dans leur maison communautaire. On est sans voix face à Aida et Gordon l’entrepreneur de pompes funèbres qui prépare chez lui les corps des défunts.
Tous ces entrelacs, ces morceaux de vie qui nous sont livrés au gré des errances de Frank, sont autant de pièces qui s’assemblent afin de former une gigantesque fresque sociale touchant dans sa sincérité, dans la simplicité de son histoire et dans la profondeur des sentiments mis dans la balance.
C’est en somme un grand texte qui, malgré le grand succès qui a été le sien, mérite qu’on en parle ici et qu’on le fasse redécouvrir. Et comble du bonheur il a été extrêmement bien traduit par Mélanie Fazi, dont on connaît la grande qualité d’auteur (du moins si l’on est une personne fréquentable), qui sait se couler avec une grande aisance dans le style et les histoires de Joyce.
Un vrai régal. Et pan pour Gaiman.
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Lignes de Vie (The Facts of Life) de Graham Joyce (Royaume-Uni, 2002).
Publié par Bragelonne (encore eux) en 2005. (355 pages, si peu.)

Je n’ai pas lu Graham Joyce (ceci-dit, ça ne saurait tarder), mais j’avoue que j’apprécie de lire ici quelqu’un qui ait du recul sur Neil Gaiman, considéré à tort comme un auteur génial tant il me donne l’impression de véritablement gâcher son talent. J’ai beaucoup aimé certaines de ses oeuvres (Neverwhere, Coraline…), mais le reste est vraiment inégal et m’a valu beaucoup de déceptions. Merci pour ce « pan » là, qui fait plaisir !
Zolg.
Ouais, après Gaiman c’est quand même le patron… Même si j’ai beaucoup de sympathie pour Joyce, et même s’ils jouent tous les deux dans la même catégorie, il n’a pas encore réussi à fournir un texte comme American Gods ou Neverwhere.
Mais c’est vrai que ça fait du bien de foutre un pain aux auteurs reconnus.