Entre autres bienfaits, le rock a ceci de génial qu’il permet de vivre une expérience fulgurante, purement égoïste et jouissive, à l’écoute de son baladeur (je ne dis pas « iPod », car y en a marre de tous ces vendus qui font de la pub pour Apple), à n’importe quel moment de la journée.
A l’écoute de son baladeur MP3 donc, on devient le héros de son propre film, au milieu de ses compagnons de galère dans le bus ou l’open space. Chacun peut ainsi se faire sa compile de morceaux appropriés pour toutes les scènes de la journée … Perso, la remontée du métro le matin s’est longtemps faite sur Good Morning des Dandy Warhols, puis l’arrivée au bureau avec Gimme Shelter des Stones. Deux morceaux qui vous donnent l’impression d’être beaucoup, beaucoup, beaucoup plus cool que la cruelle vérité. Comme si les écouteurs avaient la même fonction que les miroirs déformants.
Autre exemple : quand vous n’en pouvez plus de ce système de merde qui brime votre créativité, étouffe votre énergie vitale et assèche votre portefeuille, il faut passer Mon Rat s’appelle Judas de Guerilla Poubelle. On devient anar en 3 minutes 20, puis il est temps d’aller faire la vaisselle.
En ces premiers jours obscurs d’automne, peut-être y en a-t-il parmi vous qui sont sur le point de rendre les armes. Et pour ceux qui, parmi ceux-ci, sont parvenus à suivre mon raisonnement obscur – je sais, cela fait beaucoup de si, il faut s’accrocher, mais je ne suis pas payé pour écrire tout ça, merde – bref, pour tous ceux qui ont les boules de voir l’été derrière eux et qui ont réussi à me suivre jusque là, il y a une solution. C’est Cloud Control.
Cloud Control : un gars, une fille, un bassiste, un batteur, sont Australiens. Il y a quelque mois, ils ont sorti Bliss Release, l’album de référence pour qui veut se projeter surfer à Bondy Beach pendant les embouteillages.
Dans la pure veine Beach Boys, les chœurs sont parfaits et omniprésents sur tout l’album, c’est pour cela que c’est difficile de chanter juste sous la douche en l’écoutant. Mais comme ces gars et cette fille ont du talent, ils ne se contentent pas de refaire pour la énième fois le coup du groupe de plage en harmonies : parfois, le groupe explore des sons africanisans à la Vampire Weekend, à d’autres moments la guitare se fait plus acide, limite psyché, pour nous rappeler que les Australiens ont eux aussi vécu les 60’s, et qu’on arrive à importer des orgues Hammond à Sydney. Pour ne rien gâcher, le groupe se sort avec la mention AAA de l’exercice toujours compliqué du morceau folk de fin d’album.
Malgré tout, et c’est la force de l’album, les 10 morceaux de Bliss Release sont d’une grande cohérence : tous sont guidés par la volonté de ramener l’auditeur à la période pas si lointaine où, une bière à la main, une planche à ses pieds et un goût salé sur la peau, son mojo jaugeait à des hauteurs alpestres.
Désormais, inutile de se déplacer pour partir en vacances, il suffit d’avoir déjà emmagasiné suffisamment d’expériences que des chansons comme Meditation Song#2 ou This Is What I Said sauront ranimer. En ces temps de crise, un album coûtera toujours moins cher qu’un billet d’avion pour le Maroc, ou même qu’un billet de train pour Pornichet.
Et en plus, le leader, Alister Wright, est le sosie de Romain Duris. Je sais que cela ne tombera pas dans l’oreille de sourdes. Et Heidi Lenffer, chanteuse et synthé, se défend à tous les points de vue. Et les tee shirts du groupe, c’est la classe. Et puis, après leur déconvenue contre les Irlandais, il faut soutenir les Australiens …
… et surtout, surtout, Cloud Control fait de la belle, de la bonne musique, qui vous rendra heureux de vous être levé ce matin.
Comme je sais que malgré mes exhortations, ces belles paroles resteront probablement lettres mortes et que vous allez directement zapper sur bonjourmadame.fr, je vous mâche le boulot, bande de feignasses :
http://www.youtube.com/watch?v=GMyFrGsvqN8
