Tu mourras moins bête

Tu mourras moins bête

Petit, tu passais plus de temps à coller des crottes de nez dans les cheveux de ta voisine qu’à écouter la prof de sciences nat’. Plus tard, tu t’es appliqué à sécher tous les cours de physique, maths and co, préférant découvrir la vie (appelons ça pudiquement la vie) dans la cage d’escalier de ton immeuble. Aujourd’hui encore, tu sais bien sûr que 2 et 2 font 4, mais si tes doigts n’étaient pas là pour t’aider, tu ferais moins ton malin. Heureusement, Marion Montaigne et son professeur Moustache sont là pour te tirer du puits d’ignorance où tu pataugeais béatement tel un protozoaire réjoui. Blog d’abord, livre depuis peu, Tu mourras moins bête va remonter ton niveau culturel (ou ce qu’il en reste).

Ici on répond aux bonnes questions, aux vraies, aux seules qui méritent d’être posées : dans quelle partie du corps vaut-il mieux se faire tirer dessus ? Et est-il bien judicieux de retirer la balle avec un canif rouillé au milieu de la jungle ? S’il me prend l’envie de sauter du haut d’un building, ai-je une chance que mes membres ne s’éparpillent pas aux quatre coins du boulevard ? En cas d’explosion nucléaire, je risque d’avoir un peu mal, certes, mais dans quel ordre ? Vais-je d’abord me faire écrabouiller par l’onde de choc, aplatir par l’effondrement de ma maison ou brûler vif dans un grand barbecue collectif ? Autant d’informations qui te permettront de briller en société entre deux attaques nucléaires, à défaut de te sauver les miches. Car comme le rappelle judicieusement le sous-titre du livre, « Tu mourras moins bête (mais tu mourras quand même) ».

En revanche, autant prévenir tout de suite : tu peux prendre un grand sac et y mettre toutes tes illusions de téléphile averti. Hollywood t’a menti toutes ces années, il faudra t’y faire. Si toi aussi tu rêvais d’un dos crawlé dans un bol de Cherrios, je te le dis : Chérie j’ai rétréci les gosses, c’est une grosse arnaque. En vrai, ta taille serait réduite mais pas ta masse, et tes jambes se briseraient sous ton propre poids comme deux petites allumettes fluettes. Tu te voyais en train de chevaucher une fourmi sauvage, tu serais en fait un cul-de-jatte trop lourd pour ramper vers sa survie. Je sais, c’est dur. Tu peux pleurer un peu si tu veux.

On l’aura compris, dans Tu mourras moins bête tu trouveras des infos utiles dans la vie de tous les jours (si si, tu me remercieras quand tu seras le seul survivant d’une attaque de zombies). Mais c’est surtout le talent de Marion Montaigne, mélangeant données scientifiques et humour décapant, qui en fait une bande dessinée incontournable. On aurait voulu éviter les comparaisons, mais impossible de ne pas penser à l’expressivité du trait de Reiser dans ces pages. Une « ligne crade » belle comme tout qui porte à merveille son humour noir, absurde et irrévérencieux (oui, tout ça).

Ses planches sont éditées depuis peu chez Ankama, et pour les fauchés, vous pouvez toujours aller jeter un œil ici. Pauvres mais pas complètement incultes, manquerait plus que vous cumuliez les tares.


Tu mourras moins bête tome 1, La science c’est pas du cinéma !, Marion Montaigne, éd. Ankama, sept. 2011.