Critique : La Folie de Janus

Critique : La Folie de Janus

La Folie de Janus, pièce écrite par Sylvie Dyclo-Pomos et mise en scène par Judith Depaule, est jouée jusqu’au 22 mars à Confluences (Paris 20ème), dans le cadre du cycle "Afrique : violence extrême en héritage". Seul en scène, l'acteur Ludovic Louppé y témoigne des atrocités commises lors d’une guerre civile au Congo, redonnant voix aux victimes et à leurs paroles "empêchées"... Une expérience théâtrale bouleversante.

"Durant la guerre civile de 98 du Congo, Zatou quitte Brazzaville, se réfugie dans la forêt du Pool, puis dans un camp du HCR en RDC. Suite à l’appel de son gouvernement, il accoste en mai 99 avec ses congénères au Beach de Brazzaville. Il se remémore ses années en forêt et les exactions dont a été victime sa famille. Mais les rapatriés sont triés, certains sont conduits vers des destinations inconnues..." L’accroche est à l’image de la pièce et du témoignage qu’elle met en scène : efficace, direct, précis. Nul besoin de fioritures, ni de trop d’affect, pour rendre à la parole sa lumière de vérité. Et dans La Folie de Janus, c’est bien de cela dont il s’agit : dire la parole trop souvent muette du témoin de guerre, et faire que le théâtre soit le lieu de sa légitimité.

Le choix du langage, direct et juste, sans excès, semble vouloir mettre au jour la mémoire douloureuse avec respect, pudeur, et le souci constant de la vérité. Un théâtre sans théâtralité qui, selon la metteuse en scène Judith Depaule, peut seul rendre justice au témoignage : "L’acteur fait acte de témoignage pour toutes les paroles empêchées dans un rapport au public où toute théâtralité disparaît pour tendre à une véridicité immédiate, car si la parole n’est pas restituée ici et maintenant elle ne pourra pas trouver d’existence à proprement parler."

Extrait :

" Mes fils ont été confondus aux rebelles. Dans ma fuite, j’ai rencontré

Les miettes de mon troisième fils

J’aimais bien faire des cadeaux à mes petits

Le dernier que j’ai offert à mon troisième, un bracelet en argent

Dans ma débandade j’ai vu un bras isolé

Un bras sans corps

Sur le poignet de ce bras, j’ai vu un bracelet

Sur ce bracelet, j’ai lu un nom

Et ce nom... Celui de mon troisième"

A l’image d'une parole assez elliptique, la mise en scène de la pièce est sobre, épurée. D’une lumière fragile, elle éclaire au centre de la scène "l’acteur-témoin". Seuls quelques procédés, çà et là, soulignent ou ajoutent une dimension supplémentaire au discours. Malgré l’énergie que le réfugié met à paraître "normal", à rester lui-même, en bref, à survivre, des photos projetées de son visage grimaçant nous montrent et lui rappellent son traumatisme, lui faisant dire à plusieurs reprises : "Tu vois, tu as changé."

Au-delà du dieu de la guerre, la Folie de Janus semble évoquer la divinité aux deux visages, celle qui regarde le passé pour mieux appréhender l’avenir. Au spectateur, devenu "passeur de mémoire", de garder ce témoignage vivant... pour espérer des jours meilleurs.

Géraldine

La Folie de Janus Témoignage de Sylvie Dyclo-Pomos, mis en scène par Judith Depaule. Avec Ludovic Louppé. Confluences, 190 bd de Charonne 75020 Paris. Réservations : resa@confluences.net - 01 40 24 16 46. Du 10 mars 2009 au 22 mars 2009.0h0

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